Un ex-surveillant général de Bétharram a été mis en examen pour viol et placé en détention provisoire vendredi dans cette affaire de violences sur mineurs s’étalant sur des décennies, où la prescription a bénéficié aux deux autres hommes placés en garde à vue.
Ces trois personnes sont les seules encore en vie parmi les 11 mises en causes pour viols aggravés et agressions sexuelles aggravées par les 112 victimes déclarées au sein de l’établissement scolaire catholique situé dans les Pyrénées-Atlantiques.
Plus de 140 dénonciations
« Des garçons de 9 à 17 ans au moment des faits » qui vivaient dans un ‘climat de terreur’ au sein de l’institution » Notre-Dame-de-Bétharram, a décrit le procureur de la République à Pau, Rodolphe Jarry.
Le collectif des victimes s’est félicité « d’être enfin entendu par la justice », estimant que cette « jurisprudence » pourrait permettre de révéler « d’autres Bétharram ».
Devant la presse à Pau, son président Alain Esquerre a appelé toutes les potentielles autres victimes à se manifester. À ce jour, le collectif a recensé plus de 140 dénonciations dans ce dossier « tentaculaire », dont près de 70 relatives à des faits d’ordre sexuel, très souvent prescrits.
« On a réussi à faire incarcérer un des criminels de Bétharram », s’est réjoui ce vendredi Alain Esquerre, au micro d’Ici. C’est un pas incroyable, on attendait pas aussi bien. Il y a quinze mois j’étais tout seul avec mon petit groupe Facebook. On est vraiment satisfaits », a ajouté Alain Esquerre.
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Le parquet de Pau avait ouvert, le 1er février 2024, une enquête préliminaire après le dépôt d’une vingtaine de plaintes d’anciens élèves de cet établissement catholique béarnais, longtemps réservé aux garçons, avec son pensionnat de sinistre réputation dans toute la région. Une information judiciaire a été ouverte vendredi.
Un homme né en 1965, ancien surveillant général de l’établissement, a été mis en examen pour viols entre 1991 et 1994 par personne ayant autorité, ainsi que pour agressions sexuelles sur mineur en 2002 et 2004, selon le parquet. Il a été placé en détention provisoire.
Un plaignant nommé Antoine (prénom modifié), 48 ans, avait déjà déposé une plainte en 1999 contre cet ancien surveillant mais elle avait été classée sans suite. « J’ai été son protégé », a-t-il raconté à l’AFP, évoquant des agressions sexuelles sous la tente lors de sorties scouts, puis des masturbations hebdomadaires, quatre ans durant, quand il habitait chez lui.
Lors de son audition, l’intéressé a admis « avoir pu porter des gifles » mais contesté « tout agissement à caractère sexuel », selon le parquet.
S’agissant des deux autres hommes placés mercredi en garde à vue, un prêtre né en 1931, relâché dès jeudi, n’a reconnu qu’« un seul fait d’agression sexuelle » sur une victime qui le mettait en cause, et un autre ancien surveillant, né en 1955, n’a admis que des « gifles » en réfutant « fermement » toute agression sexuelle, selon le procureur.
Tous deux ont été laissés libres au titre de la prescription des faits qui leur étaient reprochés, commis entre 1957 et 1962 pour le premier, entre 1978 et 1989 pour le second.
Jean-Marie Delbos, 78 ans, avait raconté la semaine dernière lors d’une manifestation à Bétharram qu’à la fin des années 1950, l’ancien prêtre « venait la nuit, soutane ouverte, s’accroupir au pied du lit pour faire des attouchements et des fellations ».
Quatre anciens personnels laïcs de l’institution de Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), mis en cause pour des « violences graves et répétées » entre 1979 et 1996 sur plusieurs victimes, ont par ailleurs été entendus par les gendarmes.
Deux d’entre eux ont reconnu des gifles, un troisième qu’il a pu « tirer des cheveux » ou « donner des coups avec le poing fermé », relève le parquet. Ils ont bénéficié, eux aussi, de la prescription.
« Il faut vraiment différencier les sévices sexuels qui sont des crimes et qui sont horriblement traumatisants, du contexte de violences qui maintenant seraient inacceptables », relativise Jean-Marie Berchon, maire de Lestelle-Bétharram, interviewé par France3. « De toute façon, elles ne sont pas acceptables. Mais à l’époque, ça passait. C’était une méthode éducative qui était validée. Les parents le savaient. Ils envoyaient quelquefois leurs enfants pour ça, pour être bien cadrés. Tu ne travailles pas, tu vas y aller. Tu fais la forte tête, là-bas, ils vont te mater”, ajoute-t-il. Une autre époque dont se souvient un villageois.
Rares sont les habitants de Lestelle-Bétharram, excédés par la pression des médias et la mauvaise image donnée du village, qui osent s’exprimer, rapportent nos confrères de France3. “Certaines personnes ont accusé la population, les élus et les habitants des villages avoisinants d’être complices, affirme un retraité. Mais les gens ne sont pas au courant. On est comme vous, on découvre la situation.”
“Il faut le remettre dans le contexte, estime un habitant à propos des violences. Ce n’était pas le seul établissement dans ce cas. Moi j’étais dans le public, et des baffes, j’en ai pris aussi…”
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« L’État n’a pas été au rendez-vous »
L’affaire a pris une tournure politique au début du mois, des témoins accusant François Bayrou, ministre de l’Éducation de 1993 à 1997, d’avoir été au courant à l’époque d’accusations de violences sexuelles au sein de cet établissement du Béarn fréquenté par plusieurs de ses enfants, ce qu’il a démenti à plusieurs reprises.
Le Premier ministre a dénoncé vendredi « la mécanique du scandale qu’on cherche » et les attaques visant sa « famille » au lendemain de la diffusion, par Mediapart, d’une vidéo. Une ancienne professeure de mathématiques de Bétharram y réaffirmait avoir alerté, au milieu des années 1990, celui qui était alors ministre de l’Éducation et son épouse, qui enseignait le catéchisme dans l’école.
« L’État n’a pas été au rendez-vous » dans cette affaire, a regretté de son côté la ministre de l’Éducation, Élisabeth Borne, sur BFMTV/RMC, jugeant « difficile de comprendre » pourquoi il n’a pas réagi plus tôt.
L’établissement qui n’a été inspecté qu’une seule fois en 1996 – le rapport, renié récemment par son auteur, n’avait rien relevé d’anormal, malgré une première affaire de violences – doit faire l’objet d’une inspection académique la semaine du 17 mars.
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