ANALYSES

Les raisons derrière l’augmentation du prix de l’électricité sur les 15 prochaines années

février 26, 2025 7:35, Last Updated: février 26, 2025 12:50
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Alors qu’EDF vient d’annoncer des bénéfices record pour 2024, avec 11,4 milliards d’euros de profits engrangés, les Français vont être appelés à contribuer davantage dès 2025 pour financer les investissements colossaux liés à la transition énergétique.

De ces bénéfices, l’État, unique actionnaire d’EDF, va toucher un dividende de 2 milliards d’euros, alors que le groupe énergétique est toujours lesté d’une dette de 54,3 milliards d’euros.

Selon la Commission de régulation de l’énergie, l’augmentation du prix de l’électricité est liée à la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables et au développement significatif du nombre de raccordements des éoliennes ou des champs de panneaux solaires au réseau électrique.

De son côté, RTE annonce un plan de développement de 100 milliards d’euros du réseau électrique français à haute tension sur les 15 prochaines années. Dans ce plan, le coût du raccordement des énergies renouvelables est estimé à 53 milliards d’euros qui seront répercutés sur la facture des Français, dans le but d’atteindre les objectifs européens de la neutralité carbone d’ici à 2050.

L’UFC-Que Choisir dénonce déjà une « hausse massive » des tarifs de l’électricité « au détriment des consommateurs » d’ici 2026. Ces hausses en vue interviennent dans un contexte explosif des prix de l’énergie pesant sur les ménages, augmentant la précarité et ralentissant considérablement la compétitivité des entreprises, après 44 % de hausse du prix de l’électricité depuis deux ans.

De son côté, la Cour des Comptes ne peut que constater ces hausses faites au nom de la transition énergétique, mais demande une répartition équitable des efforts d’investissement entre les gestionnaires, les actionnaires et les consommateurs, afin de ne pas faire porter entièrement la charge sur ces derniers.

Un plan à 100 milliards pour la décarbonation de l’économie et le réchauffement climatique

Le 14 février, RTE a dévoilé son plan de développement du réseau électrique français à haute tension, un investissement de 100 milliards d’euros d’ici 2040 destiné à accompagner la transition écologique et la décarbonation de l’économie.

Ce plan constitue la « stratégie opérationnelle pour réussir la sortie des énergies fossiles » d’ici à 2050, indique RTE, pour atteindre l’objectif européen de la neutralité carbone. L’entreprise publique, qui gère les lignes à haute tension, va investir pour “renouveler, moderniser et redimensionner le réseau” qui relie centrales nucléaires et parcs renouvelables (champs d’éoliennes, de panneaux photovoltaïques…) aux villes, campagnes et usines.

Il s’agit d’installer des lignes résistantes aux vagues de chaleur mais aussi de bâtir un réseau capable d’absorber l’augmentation de la consommation d’électricité, à mesure que le parc automobile français s’électrifie ou que s’implantent des centres de données nécessaires à l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle.

Le réseau doit être redimensionné alors que la part de l’électricité représentera plus de 50 % des besoins énergétiques de la France d’ici 2050, contre un peu plus du quart aujourd’hui.

Sur ces 100 milliards d’euros, 53 milliards d’euros seront consacrés aux raccordements nécessaires à la décarbonation de l’économie : ceux des futurs parcs éoliens en mer et des nouveaux réacteurs nucléaires EPR, des nouvelles consommations dans les zones industrielles portuaires et des centres de données dédiés à l’IA, selon RTE.

Pour les mêmes raisons, Enedis, qui gère les lignes à basse tension, annonce également un plan d’investissement de 96 milliards d’euros d’ici 2040.

Les Français appelés à contribuer au financement du réseau électrique

Quelques mois plus tôt, en octobre 2024, la présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), Emmanuelle Wargon, prévenait que le montant du tarif d’acheminement et d’entretien des réseaux électriques, appelé TURPE, serait augmenté de 12,9 % pour la période 2025-2028 et qu’il serait inclus dans les nouveaux tarifs de l’électricité du 1er février 2025. Une hausse passée inaperçue par la baisse des taxes qui ont eu lieu en même temps.

D’après la CRE, ce nouveau tarif ne serait pas une taxe mais l’équivalent d’un péage pour utiliser les réseaux de transport d’électricité (RTE) et de distribution d’électricité (Enedis), un « péage » qui n’existait pas auparavant.

Payé par les fournisseurs, il est répercuté sur les ménages et entreprises, via leur facture d’électricité. Il constitue l’une des trois briques de la facture, avec le coût du courant et les taxes.

La période tarifaire 2025-2028 « sera marquée par des politiques volontaristes d’électrification des usages, notamment dans la mobilité et l’industrie, et par la croissance de la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, avec pour conséquence la poursuite du développement significatif du nombre de raccordements », indique la CRE.

La Cour des Comptes demande une répartition équitable des efforts 

L’augmentation du tarif d’utilisation des réseaux d’électricité, dit TURPE, destinée à couvrir les importants besoins d’investissements des gestionnaires RTE et Enedis d’ici 2040, doit être répercutée équitablement sur la facture d’électricité des Français, a prévenu la Cour des comptes, fin 2024.

« La perspective d’une très forte hausse des investissements annuels pose la question de l’arbitrage entre rémunération des actionnaires, via les dividendes qu’ils perçoivent, et modération du tarif acquitté par les consommateurs », prévient l’institution.

RTE prévoit 100 milliards d’investissement au cours des quinze prochaines années et Enedis aura besoin de 96 milliards afin de répondre aux objectifs de décarbonation de l’économie, notamment le raccordement des parcs éoliens ou encore des bornes de recharges de voitures électriques, rappelle la Cour des comptes.

Ces besoins d’investissements pourraient se traduire par une augmentation de près de 10 euros du MWh (21 %) par mois du TURPE pour le réseau moyenne et basse tension entre 2023 et 2030, selon les estimations de la Cour. En France, la consommation moyenne d’électricité est de 2,223 MWh par personne et par an, selon le site www.data.gouv.fr.

La crainte d’une « hausse massive » des tarifs de l’électricité dès 2026

L’association UFC-Que Choisir a estimé le 25 février que le mécanisme retenu par le gouvernement dans la loi de finances pour remplacer le système actuel, va conduire à « faire payer aux Français leur électricité au prix fort » à partir du 1er janvier 2026.

L’association déplore aussi qu’en dépit de l’engagement du gouvernement de redistribution aux ménages d’une partie des profits d’EDF, celle-ci « sera très limitée ». « Seule une petite fraction de la consommation des ménages sera concernée, et la taxation des bénéfices d’EDF restera insuffisante pour compenser la flambée des prix », estime-t-elle.

Cela se traduirait pour les consommateurs par un alourdissement total de la facture, « en moyenne 19 % de plus, soit jusqu’à 250 euros supplémentaires par an pour un foyer moyen » si la réforme s’appliquait dès cette année.

Bercy a rejeté ces conclusions en estimant que « le calcul ainsi réalisé est biaisé », car les simulations réalisées proposent un calcul associant des données actuelles à un mécanisme qui n’entrera en vigueur qu’en 2026, “sans tenir compte d’autres paramètres”, comme un reversement au consommateur, après le 1er janvier 2026.

Mais après une année d’ « une très forte intensité » marquée entre autres par le démarrage du réacteur nucléaire EPR de Flamanville, EDF aborde 2025 avec un agenda très chargé sur le plan financier et industriel, a déclaré son PDG Luc Rémont.

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