ENTRETIEN – Lundi 17 février, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Parmi les mesures présentes dans ce budget, on trouve notamment la hausse de la taxe sur les sodas et édulcorants mise en place sous Nicolas Sarkozy pour inciter la population à réduire sa consommation de boissons sucrées. Le docteur Yannick Guillodo donne son point de vue à Epoch Times sur cette augmentation de la « taxe soda ».
Epoch Times : Docteur Guillodo, que pensez-vous de cette augmentation de la taxe soda ? Est-ce un bon moyen pour lutter contre l’obésité et autres maladies liées à la consommation excessive de sucre ?
Yannick Guillodo : Je crois que tout ce qui est fait pour lutter contre ce fléau qu’est l’obésité est bien.
Je note par ailleurs que les pays qui ont mis en place une taxe sur ce type de boissons, notamment le Royaume-Uni et Singapour, ont obtenu des résultats concrets : il y a eu très rapidement, quelques mois après l’instauration de ce prélèvement, des baisses de ventes de ces produits.
Cela étant, sur le long terme, c’est une autre affaire. Outre-Manche, beaucoup de lois ont été votées en matière de contrôle de l’alimentation, mais le taux d’obésité y est toujours très élevé.
Il faudrait également plus de pédagogie à l’égard des consommateurs de sodas : c’est un peu comme pour l’écologie. Si ceux qui nous gouvernent restent dans le registre du punitif avec pour seul outil de lutte contre l’obésité, une taxe, cela ne fonctionne pas.
En outre, s’il y a, en amont, un véritable travail d’explication de la hausse de cette taxe soda et des dangers du sucre, on peut obtenir des résultats intéressants.
Pour ma part, je me raccroche toujours à ce qui a été fait sur l’hygiène bucco-dentaire. D’énormes progrès ont été faits en la matière ces dernières décennies. On a réussi à améliorer le comportement des gens avec de bonnes campagnes de prévention sur les lésions bucco-dentaires, etc.
Si cela a été fait pour les dents, je pense que nous serons en mesure de changer les comportements vis-à-vis de la consommation de boissons sucrées.
Avez-vous noté chez vos patients une augmentation des pathologies liées aux boissons sucrées et sodas ces dernières années ?
Oui, tout à fait. Quand j’étais étudiant en médecine, on nous apprenait qu’il y avait deux types de diabète : celui qu’on a de naissance et le diabète lié à la maturité. Maintenant, moi-même et mes confrères posons de plus en plus de diagnostics de diabète dit de maturité à des trentenaires.
Autrement dit, des gens qui ont, derrière eux, trente ans de consommation de sucre, et qui arrivent prématurément à l’épuisement de l’insuline, alors que cet épuisement est censé se produire à 50 ans.
Et le manque d’insuline est particulièrement dangereux pour la santé. C’est en quelque sorte un carburant pour le corps humain.
Cette mesure, censée rapportée 800 millions d’euros à l’État, est dénoncée par les industriels qui y voient simplement un moyen pour ce dernier de renflouer ses caisses…
Oui, et on peut affirmer la même chose pour le tabac ! Il est vrai qu’il est facile d’augmenter une taxe sous couvert d’un enjeu de santé publique.
En même temps, la hausse de la taxe soda peut également inciter les industriels à revoir les formules chimiques de leurs boissons et à éventuellement réduire la quantité de sucre s’y trouvant. D’ailleurs, c’est ce qui s’est passé avec le Nutri-score.
La hausse de la taxe soda ne constitue-t-elle pas une atteinte aux libertés ? La consommation de sodas et autres boissons sucrées peut aussi relever du plaisir.
Les industriels jouent également sur cette argumentation. La consommation de sodas est un plaisir.
Concernant l’atteinte aux libertés individuelles, c’est un peu le moyen de défense classique utilisé encore une fois par les industriels ou certains avocats.
La même rhétorique était employée à l’époque du débat sur l’interdiction de la cigarette dans les endroits clos. Et finalement, aujourd’hui, tout le monde s’est accommodé de cette interdiction.
J’entends aussi l’argument qui consiste à dire que les plus démunis, grands consommateurs de sodas, vont être impactés par cette hausse. Mais même si c’est difficile à dire, je pense qu’il faut passer par là pour lutter contre l’obésité. Il y a là un véritable enjeu de santé publique.
N’y a-t-il pas d’autres moyens pour dissuader la population d’acheter des boissons sucrées et de faire attention à leur santé ? La pédagogie des médecins ? L’école ?
L’éducation est effectivement la clé. Nous sommes arrivés dans une époque où les modalités d’enseignement doivent changer. La société se sédentarise, elle est confrontée à la « malbouffe » et les gens perdent du sommeil. L’éducation, notamment alimentaire des jeunes doit donc devenir une priorité.
C’est à l’école de le faire puisque les parents en raison de leur situation sociale ne sont pas toujours en mesure de répondre à cette problématique.
Pour les familles aisées, il n’y a pas de problème, mais les parents issus de milieux défavorisés n’ont pas à leur disposition les leviers nécessaires pour contrôler l’alimentation de leurs enfants.
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