Le Premier ministre, François Bayrou, a affirmé mercredi ne pas avoir de volonté d’entrer dans « l’escalade » avec l’Algérie, mais a indiqué que la France allait demander à Alger « que soit réexaminée la totalité des accords » de 1968 entre les deux pays, faute de quoi ils seront « dénoncés ».
En évoquant ces accords, selon lui « pas respectés », le Premier ministre a affirmé que le gouvernement français ne peut « pas accepter que la situation perdure ».
« Je le dis sans volonté de faire de l’escalade, sans volonté de faire de la surenchère », mais « il est de la responsabilité du gouvernement français de dire que les refus de réadmission (des ressortissants algériens, ndlr) sont une atteinte directe aux accords que nous avons avec les autorités algériennes et que nous ne l’accepterons pas », a-t-il souligné lors d’une conférence de presse à Matignon organisée à l’issue d’un comité interministériel sur l’immigration.
Annoncé fin janvier puis reporté, ce comité interministériel s’est tenu après l’attaque survenue samedi à Mulhouse (Haut-Rhin), dans laquelle un Algérien de 37 ans, en situation irrégulière et sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), est accusé d’avoir tué à l’arme blanche une personne et d’en avoir blessé sept autres.
« Les victimes que nous avons connues à Mulhouse ce weekend sont les victimes directes du refus d’application de ces accords » de 1968 entre les deux pays, a déploré le chef du gouvernement, précisant que le suspect avait été présenté « quatorze fois » aux autorités algériennes qui ont toujours refusé de le reprendre.
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Un délai d’« un mois, six semaines »
François Bayrou a indiqué que la France allait demander à Alger « que soit réexaminée la totalité des accords et la manière dont ils sont exécutés », en disant donner un délai d’« un mois, six semaines ». « Pendant ce temps, va être présenté au gouvernement algérien une liste ‘d’urgence’ de personnes qui doivent pouvoir retourner dans leur pays et que nous considérons comme particulièrement sensibles », a-t-il ajouté, sans en préciser le nombre.
« S’il n’y avait pas de réponse au bout du chemin, il n’y a pas de doute que c’est la dénonciation des accords qui serait la seule issue possible », a encore prévenu le chef du gouvernement français, assurant néanmoins que « ce n’est pas celle que nous souhaitons ».
Il a par ailleurs réaffirmé sa « grande inquiétude » concernant « la santé et les pressions » exercées sur l’écrivain Boualem Sansal, détenu en Algérie.
Sur l’immigration irrégulière, M. Bayrou a par ailleurs évoqué la généralisation de la « force frontière » expérimentée à la frontière franco-italienne, regroupant la police, la gendarmerie et les douanes. Quant à l’immigration régulière, M. Bayrou a demandé un « audit interministériel » sur la « politique de délivrance des visas » par la France aux inspections générales de la police et des Affaires étrangères. Délivrance qui « tiendra compte de la qualité de la coopération migratoire des pays d’origine ».
« Le travail, la langue et l’acceptation de nos principes. Voilà les trois éléments qui permettent que l’intégration ait lieu pour ceux qui sont sur notre sol légalement », a-t-il résumé.
Un durcissement du « filtrage »
Autour de François Bayrou, les ministres Élisabeth Borne (Éducation), Gérald Darmanin (Justice), Bruno Retailleau (Intérieur), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), Astrid Panosyan-Bouvet (Travail), Yannick Neuder (Santé) ou encore Patricia Mirallès (Anciens combattants) ont également abordé la transposition du Pacte européen asile et migration, adopté en mai et censé entrer en vigueur mi-2026.
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Ce texte prévoit un durcissement du « filtrage » aux frontières et un mécanisme de solidarité entre les 27. Créé en 2005, le CICI a été réactivé par décret présidentiel et présenté par M. Retailleau « pour répondre aux attentes des Français en faveur d’une plus grande maîtrise des flux migratoires ». Annoncé fin janvier puis reporté, il a placé la question algérienne au cœur des discussions après l’attentat de Mulhouse.
Cette nouvelle affaire vient aggraver un peu plus les tensions entre Paris et Alger, qui a refusé à de multiples reprises ces dernières semaines de reprendre plusieurs de ses ressortissants expulsés de France.
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a révélé mardi que des « mesures de restriction de circulation et d’accès au territoire national pour certains dignitaires algériens » avaient déjà été prises, ajoutant mercredi qu’elles dataient d' »il y a quelques semaines », donc avant l’attentat. Elles concernent « quelques centaines de personnes », a précisé François Bayrou.
Ces mesures ont suscité « l’étonnement » d’Alger qui a dénoncé une nouvelle « provocation ». L’accord de 1968, qui accorde un statut particulier unique pour les Algériens, a déjà été révisé à trois reprises depuis 1968. Paris et Alger avait convenu en 2022 de le modifier une nouvelle fois, mais sans concrétisation à ce jour.
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