Chine : Les fruits amers de la politique de l’enfant unique

La Chine est confrontée à un grave problème de sous-population, qui est difficilement réversible, selon les experts

Par Vue Pinnacle
10 juin 2024 11:01 Mis à jour: 12 juin 2024 00:45

La population chinoise a diminué pour la deuxième année consécutive en 2023, en raison d’un taux de natalité historiquement bas. Selon les statistiques chinoises, la population accuse un recul d’environ 2,08 millions de personnes cette année, pour atteindre 1,4 milliard d’habitants en 2023.

En 2022, la démographie a baissé de 850.000 personnes. C’était la première fois depuis 1960 que les décès dépassaient les naissances dans ce qui est aujourd’hui le deuxième pays le plus peuplé du monde.

Au niveau mondial, les tournants démographiques coïncident généralement avec des changements économiques et sociaux, et se répercutent sur des facteurs tels que la main-d’œuvre, les retraites, la croissance économique et le développement général de la société. Cette chute de la population chinoise pourrait donc entraîner d’énormes bouleversements sociaux, selon les experts.

Une structure démographique artificiellement modifiée

Li Shaomin, un professeur de commerce international qui enseigne et vit aux États-Unis, estime que cette tendance à la baisse ne peut être inversée sans une intervention drastique de la machine d’État.

« En général, les populations du monde entier connaissent d’abord un déclin des taux de mortalité, suivi d’un déclin progressif des taux de natalité. Mais dans le cas de la Chine, le gouvernement a choisi de réduire artificiellement ses taux de natalité », a-t-il expliqué lors de l’émission « Pinnacle View » de NTD, le 28 mai.

Prenez par exemple la fameuse structure pyramidale de la population: il y a plus de jeunes au bas de la pyramide et où, au fur et à mesure que les gens vieillissent et décèdent, il y a moins de monde au sommet.

« Cela représente une structure d’âge normale en dehors de toutes interventions artificielles », dit-il. « Lorsque les gens n’ont plus d’enfants, la base de la pyramide se rétrécit progressivement. »

La structure normale de la population peut néanmoins être perturbée par des conflits, des famines ou d’autres facteurs susceptibles d’affecter certains groupes d’âge. Toutefois, la perturbation de la structure démographique de la Chine est différente et bien plus radicale.

« Les grandes décisions politiques d’une nation peuvent affecter la structure de la population entière, et entraîner des changements spectaculaires auxquels la société a du mal à s’adapter. La demande de main-d’œuvre s’en trouve bouleversée, le mariage, l’emploi, l’éducation, etc… et cela entraîne des perturbations importantes pour la société dans son ensemble. »

En général, avoir des enfants dans les sociétés modernes est synonyme d’investissement dans le futur et contribue au rendement économique.

« Les pays développés investissent massivement dans l’éducation des enfants. Dans les sociétés agricoles d’avant la modernisation, l’investissement dans les enfants était minime, ceux-ci étant essentiellement considérés comme de la main-d’œuvre dès qu’ils pouvaient marcher – pour ramasser du bois de chauffage, de la nourriture, des légumes… Par conséquent, le coût des enfants dans les sociétés agricoles était relativement faible et l’éducation n’était pas un facteur important », explique-t-il.

« Cependant, dans la société compétitive actuelle de la Chine, dès la grossesse, les parents commencent à penser aux écoles prestigieuses, et ont toujours peur que leurs enfants ne prennent du retard. La pression est énorme. »

Dans de nombreux pays occidentaux, avoir des enfants est perçu comme une joie, il y a moins d’inquiétude quant au nombre d’enfants, et le coût de l’éducation est relativement faible.

Dans la Chine d’aujourd’hui, c’est différent. Les jeunes redoutent la perspective d’avoir des enfants. Dans le cadre de la politique de l’enfant unique, ceux-ci sont vite devenus de « petits empereurs », chéris et choyés à l’excès.

« Leurs inquiétudes portent sur les coûts et ils en oublient les joies de la vie familiale. Beaucoup de jeunes pensent aujourd’hui que le fait d’avoir des enfants aura un impact sur leur qualité de vie. Ils pensent immédiatement aux diverses activités éducatives extrascolaires telles que les leçons de piano et de danse, qui font désormais partie de la culture. Bien qu’elles ne soient pas obligatoires, face à la concurrence, ne pas y participer peut être source de déshonneur. »

An elderly man and woman are pushed in wheelchairs along a street in Beijing on May 11, 2021. (Wang Zhao/AFP via Getty Images)
Un homme et une femme âgés dans des fauteuils roulants dans une rue de Pékin le 11 mai 2021. (Wang Zhao/AFP via Getty Images)

Selon M. Li, les difficultés économiques passées de la Chine n’étaient pas dues à la surpopulation, mais plutôt aux politiques économiques inadaptées du Parti communiste chinois (PCC). Par exemple, les pratiques de collectivisation dans la vie quotidienne et au travail ont entraîné la Grande Famine de 1959 à 1961, causant la mort de 30 millions de personnes.

« Le régime chinois a rejeté la responsabilité du faible développement économique sur la surpopulation. Plus tard, un groupe de spécialistes dirigé par Song Jian, l’un des principaux scientifiques du pays après la révolution culturelle, a commencé à appeler au contrôle de la population. »

Song Jian était l’un des principaux défenseurs de la politique de l’enfant unique en Chine.

A l’époque, les partisans du contrôle de la population « ont estimé que la population optimale de la Chine serait de 500 millions d’habitants, pour une raison obscure. Étonnamment, le PCC a validé cette vision des choses, et a imposé la politique de l’enfant unique dès la fin des années 1970. Entre les années 1950 et le début des années 1970, les chinoises donnaient naissance à plus de cinq enfants en moyenne.

Cette politique draconienne de la Chine peut être comparée à la politique de contrôle de la population menée par le Parti du Congrès indien dans les années 1970, qui pénalisait ceux qui avaient plus d’enfants.

« Mais l’Inde étant une société démocratique, cette politique a suscité un vaste mécontentement et des critiques généralisées. Lors des élections qui ont suivi, le Parti du Congrès, pourtant au pouvoir depuis des années, a subi un revers important. Ceci montre bien que seul un régime autoritaire peut mettre en œuvre une politique de natalité. »

Dans la Chine ancienne, l’humain était plus important que la terre

Guo Jun, rédactrice en chef de l’édition hongkongaise d’Epoch Times, a souligné que dans l’Antiquité, la terre n’était pas une ressource rare car les populations étaient peu nombreuses.

En outre, « l’enjeu des guerres anciennes n’était pas la terre elle-même, mais les personnes qui y vivaient. Si l’on ne pouvait pas acquérir la terre, on s’emparait des gens qui y vivent. Si l’on ne pouvait pas s’emparer des gens, on prenait les femmes et les enfants. Les frontières territoriales des anciens États étaient approximatives, mais la propriété de la population était précise. Ainsi, la population a toujours été le facteur le plus important dans le développement de la civilisation humaine ».

L’explosion démographique de la Chine s’est produite à la fin de la dynastie Ming, avec une augmentation significative sous la dynastie Qing.

« Les Européens ont découvert de nouvelles variétés de cultures dans les Amériques, notamment la pomme de terre, la patate douce et le maïs. Ces nouvelles cultures, originaires des Amériques, étaient peu exigeantes en termes de sol, de précipitations et de conditions climatiques, et donnaient une production élevée. Elles ne nécessitent pas non plus de techniques ou d’outils agricoles sophistiqués », dit-elle.

Yuccas, sweet potatoes, potatoes and green bananas. The discovery of easily grown crops like these led to a global population explosion. (josera/shutterstock)
Yuccas, patates douces, pommes de terre et bananes vertes. La découverte de cultures faciles à cultiver comme celles-ci a entraîné une explosion démographique mondiale. (josera/shutterstock)

« En conséquence, la production alimentaire mondiale a augmenté de manière significative, entraînant non seulement une augmentation massive de la population chinoise, mais aussi une explosion démographique à l’échelle mondiale. Avant le Moyen Âge, la population mondiale se situait environ entre 300 et 500 millions d’habitants, la Chine représentant environ un cinquième à un tiers du total.

« Avec le développement des technologies modernes, telles que les pesticides, les engrais, l’amélioration des semences et les progrès des techniques agricoles, la quantité de terres cultivables sur Terre a considérablement augmenté. Par conséquent, la limite de la population n’était plus aussi cruciale. Si elles sont pleinement utilisées, les terres arables de la planète peuvent théoriquement nourrir environ 15 milliards de personnes. Par conséquent, les restrictions agricoles sur la population ont cessé d’être le problème le plus important. »

Le déclin de la population chinoise vient des institutions qui gèrent le pays

Il est intéressant de regarder la situation d’autres pays à titre de comparaison. « L’Allemagne a été le premier pays développé à connaître un déclin démographique. Dès le début des années 1970, l’Allemagne a commencé à connaître une croissance démographique négative. Puis la Hongrie a suivi en 1980 », a expliqué Li Jun, producteur de télévision indépendant.

« En 1999, l’ensemble de l’Europe a connu pour la première fois une croissance négative. Cette année-là, la population totale de l’Europe a diminué de plus de 50.000 personnes par rapport à 1998. En 2003, elle a diminué de 1,88 million, faisant de l’Europe la région du monde connaissant le déclin de population le plus rapide. D’ici 2050, la population de l’Europe devrait tomber à 630 millions d’habitants, soit seulement 7 % de la population mondiale. »

« La Corée du Sud a également connu une croissance démographique négative en 2021. Certains médias sud-coréens ont rapporté que le pays pourrait entrer dans une société super-âgée d’ici quatre ans. »

Selon les définitions des Nations unies, lorsque 14 % de la population d’une société atteint l’âge de 65 ans ou plus, on peut parler d’une société vieillissante. Lorsque ce pourcentage dépasse 20 %, la société est une société super-vieillissante.

Comme le fait remarquer M. Li, le dernier pays développé à connaître une croissance démographique négative pourrait être les États-Unis. Selon le Bureau du recensement américain, les États-Unis pourraient ne pas connaître de croissance démographique négative avant 2080.

« Mais cette prévision est basée sur la politique d’immigration actuelle. Si les politiques devaient s’assouplir, cela pourrait prendre un siècle de plus », dit-il.

« Outre les raisons économiques, le facteur le plus déterminant pour les taux de natalité est celui des valeurs :lorsque les valeurs ne sont plus centrées sur la famille mais sur l’individu, les taux de mariage et de natalité chutent. » Ainsi, dit-il, bien que les États-Unis donnent l’impression de suivre des valeurs libérales modernes, en réalité « beaucoup d’Américains penchent encore pour des valeurs traditionnelles ».

Le déséquilibre hommes-femmes en Chine

Shi Shan, chroniqueur et rédacteur en chef de l’édition chinoise d’Epoch Times, souligne que le facteur le plus important qui limite la croissance démographique est le manque de femmes en âge de procréer.

« Même si vous avez beaucoup d’hommes, cela ne sert à rien. Les femmes sont essentielles. Pendant les guerres, ce sont généralement les hommes qui meurent, laissant derrière eux des femmes en grand nombre, et la population peut rapidement se rétablir », dit-il.

« Le problème actuel de la Chine est qu’il y a des dizaines de millions d’hommes de plus que de femmes, ce qui signifie que même si vous avez beaucoup d’hommes, vous ne pouvez pas augmenter la population. »

Selon lui, le déséquilibre hommes-femmes vient de la politique de l’enfant unique du régime chinois, qui a entraîné une préférence pour les garçons.

Ce déséquilibre est un facteur supplémentaire qui aggrave le problème démographique de la Chine.

« La situation en Chine n’est peut-être pas la même que dans le reste du monde, car si le taux de mortalité de la population âgée diminue, le taux de natalité a considérablement baissé au cours d’une période lors de laquelle il n’avait aucune raison de diminuer. »

« En raison de la politique de contrôle obligatoire des naissances en Chine, la structure démographique du pays est confrontée à des problèmes profonds. »

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